Comment meurt un mouvement étudiant

Union syndicale étudiante
22 April 2015 ULB, Billet d’humeur

Par Thibault S., étudiant à l’ULB[1].

Le titre des « billets d’humeur » n’aura jamais si bien porté son nom. Cet article n’engage que moi, je tiens à le souligner, et pas tous mes camarades de l’Union Syndicale Étudiante (USE), même si certains partagent mes craintes et ma colère. D’où « l’humeur », qui transparaîtra au fil des mots. On dit qu’il faut écrire la tête froide et le cœur au repos ; je ne suis pas d’accord, je pense que les meilleures idées sont teintées d’émotions. Ce qui s’est passé ce lundi 20 avril est grave, et je ne prétendrai pas traiter les événements avec un recul dont aucune des personnes présentes ne peut se prévaloir.

Commençons par le commencement : dans le cadre d’une campagne du Bureau des Étudiants Administrateurs (BEA), une Assemblée étudiante non-décisionnelle a été organisée il y a un peu moins d’un mois, le 27 mars. Une grosse soixantaine de personnes étaient présentes et, miracle de l’auto-organisation, l’Assemblée a décrété qu’elle allait voter sur plusieurs points : d’abord sur la convocation d’une nouvelle Assemblée, la semaine suivante, et ensuite sur l’organisation d’un rassemblement spontané devant le cabinet de Jean-Claude Marcourt le jour où les coupes budgétaires dans l’enseignement seraient annoncées. (Une troisième décision, participer à un rassemblement de la FEF, n’a pas été votée mais a été décidée au consensus).

Le jeudi 2 avril, une nouvelle Assemblée s’est réunie – elle ne portait pas le qualificatif de « Générale » mais elle a bien fonctionné de manière démocratique. Plus de quatre-vingts personnes étaient présentes. Une membre du BEA faisait la modération et répondait parfois au nom de celui-ci mais en distinguant bien son rôle de modératrice et d’administratrice – elle avait qui plus est demandé aux participants si la modération les gênait et celle-ci avait été acceptée au consensus. Même si l’Assemblée a été trop courte et que certaines décisions ont du être reportées, un véritable élan démocratique a emporté les personnes présentes. Une base de sept revendications ont été votées[1:1] et une nouvelle Assemblée devait être organisée le 20 avril, jour de la rentrée des vacances de printemps. Un accord de principe a été trouvé, au consensus, pour se mettre en grève ou soutenir la grève du 22 avril – nous devions en rediscuter à la prochaine Assemblée. Les personnes intéressées pouvaient participer au Comité de préparation qui n’avait pas été élu par manque de temps.

Et voilà qu’arrive la journée du 20 avril. Une « Assemblée Générale », cette fois-ci, est convoquée. J’avais beaucoup d’espoirs, sans doute trop, car j’imaginais que ce changement de dénomination symbolique signifiait que le BEA reconnaissait, enfin, l’autonomie du mouvement étudiant. Pour finir, cette AG a été un terrible échec, en particulier sur la forme et sur le respect des procédures démocratiques. D’aucuns diront que je jette de l’huile sur le feu et que cet article tente de diviser le mouvement étudiant mais d’une, ce mouvement n’existe pas à l’heure actuelle, et de deux, le principe même de la démocratie est que des propositions contradictoires existent au sein d’un « potentiel » mouvement né de l’alliance contre les coupes budgétaires.

Parodie de démocratie

Une Assemblée Générale peut-elle plus mal commencer qu’avec une « modératrice » qui se présente comme « une présidente de séance » et qui précise que la discussion de l’Ordre du Jour (OJ) se fera en deuxième point – bafouant trois règles de base d’une assemblée démocratique : le modérateur est élu, il ne préside pas l’AG, il modère seulement les débats, et l’OJ est toujours le premier point de fond discuté et voté après l’élection du rapporteur et du modérateur (élections qu’on peut faire au consensus comme le 2 avril). La suite de ma critique porte autant sur la forme que sur le fond mais c’est en particulier sur la première que je veux insister – je me moque d’être minoritaire sur les questions politiques au sein d’une Assemblée démocratique, mais je juge que cette Assemblée n’avait rien de démocratique et que sa gestion était tout à fait directive et verticale.

Le principal problème, celui qui a grossi tous les autres, c’est que la « présidente » donnait son avis sur presque toutes les propositions. Elle a pris l’équivalent de dix ou quinze tours de parole et a systématiquement présenté l’avis des étudiants sur le mode suivant : « vous n’avez pas compris, je vais vous expliquer ». Plutôt que de permettre un échange entre les personnes présentes et un débat argumenté sur leurs propositions, elle a clairement pris parti sur toute une série de points alors qu’elle aurait dû rester, en tant que modératrice, neutre ou, au minimum, distinguer clairement la modération de ses points de vue personnels comme le fit la modératrice de la précédente Assemblée.

Non seulement un débat démocratique ne pouvait pas avoir lieu – puisqu’une figure d’autorité, administratrice qui plus est, dirigeait les discussions – mais, en plus, la synthèse des propositions mises au vote fut tout simplement scandaleuse. Les formulations de la « présidente » étaient partiales et, sur le premier vote portant sur les revendications, personne ne peut honnêtement dire que toute la salle avait compris la différence entre les deux options de vote. Même maintenant, je ne les comprends pas. La « présidente » a clairement indiqué que les revendications non-votées seraient supprimées ou mises de côté (ce qui revient au même) mais, juste après le vote, un étudiant m’a expliqué qu’on en avait juste choisies deux à mettre en avant sans toucher aux cinq autres. Le simple fait que le doute demeure et que la « présidente » ait pu dire, juste avant le vote que « les propositions sont mal formulées, mais vous comprenez… » ne donne aucune légitimité à ce vote.

De la même manière, pourquoi la « présidente » a-t-elle présenté certains points de vue comme ceux du Comité de préparation alors que des membres de ce Comité m’ont expliqué, par la suite, que c’était le BEA et seulement le BEA qui s’était positionné dans ce sens ? Comment peut-on prendre en compte certaines interventions en les notant au tableau et en rejeter certaines autres, en invoquant le manque de temps (je pense en particulier à une remarque d’Hugo, il se reconnaîtra, qui a juste été balayée d’un revers de la main) ? Pourquoi quand un point de l’OJ est discuté, m’a-t-il fallu insister trois fois pour le soumettre à un vote, me voyant signifier deux fois que c’était une « décision du comité, tu comprends… » ? Pourquoi aucune explication n’a été fournie sur la disparition totale de la question de la grève étudiante et du 22 avril ?

Cette Assemblée n’était pas démocratique même si des votes ont eu lieu. Mon erreur et celle de beaucoup d’autres étudiants présents, c’est d’avoir accepté dès le départ cette modération. Mais voilà, nous avons l’habitude d’éviter les conflits stériles avec le BEA pour ne pas « pourrir » l’ambiance des réunions et des assemblées. Je regrette profondément ma première et unique intervention où, emporté par l’incompréhension et l’indignation, j’ai sûrement contribué à tendre la situation au tout début de l’AG. J’ai aussi participé à cette parodie de démocratie. Je maintiens tout de même qu’aucun débat de fond vraiment démocratique ne pouvait être mené dans ces conditions.

L’efficacité avant tout

Les deux parties qui suivent sont différentes de la première : mon but n’est pas de contester les décisions de l’Assemblée, quelle que soit leur légitimité, mais d’engager le débat qui, malheureusement, n’a pas eu lieu avant le vote des résolutions. Je reconnais que les positions exprimées ci-après ne semblaient pas majoritaire lundi, mais j’ai la conviction que dans un climat différent, en particulier dans la modération et la direction, l’Assemblée aurait connu des échanges beaucoup plus constructifs. La forme et le fond, dans un processus décisionnel, ne peuvent pas être séparées de manière radicale ; la démocratie possède un contenu, au-delà des procédures et les codes des Assemblées Générales, que j’ai évoqué plus haut, servent justement à rendre les votes réellement démocratique. Les lignes qui suivent veulent, j’insiste, ouvrir des portes, pas en fermer.

Dès l’instant où la « présidente » a expliqué que le Comité souhaitait réduire le nombre de revendications (alors qu’il s’agissait d’une proposition du BEA comme cela a été rappelé par un autre membre du Comité), le mouvement qui s’esquissait depuis fin mars s’est infléchi de l’auto-organisation vers la gestion verticale. Le simple fait de revenir sur sept revendications, votées de manière régulière deux semaines auparavant, est une erreur titanesque et révèle une incompréhension totale des tenants et des aboutissants du processus démocratique. Si un vote possède une légitimité plus grande qu’une décision prise dans un organe directeur, c’est parce qu’il lie les gens qui y prennent part. Tous ont accepté de le respecter, quelle qu’en soit l’issue – ceux qui ont approuvé une mesure n’ont pas seulement liké une publication sur Facebook ou donné un avis éphémère, ils ont agi politiquement. Ils ont engagé leur honneur. Revenir sur ce geste, l’écarter pour des soucis d’efficacité, est le meilleur moyen de dire à ces gens : « votre vote ne vaut rien, nous reviendrons dessus s’il ne nous plaît pas ». Attitude que la jeunesse, et en particulier les étudiants de gauche, attribuent généralement au monde politique mais qu’ils n’ont pas honte d’appliquer dans une AG…

Je ne dis pas qu’une revendication votée doit rester à jamais fixée dans le marbre, mais elle doit, au minimum, être revotée après un débat spécifique sur son objet. Rayer cinq revendications sur sept – même si je suppose que beaucoup de gens n’ont pas vraiment voté leurs suppressions, c’est bien le problème – pour des raisons pratiques, c’est trahir les différents votes du 2 avril. Parlons des raisons pratiques qui ont été mobilisées pour justifier ce vote : toute une aile de l’Assemblée n’a cessé de répéter, avec les mêmes mots et les mêmes arguments, que pour bien « organiser » le mouvement étudiant, pour « mobiliser » les étudiants, il fallait choisir une ou deux revendications claires, facile à comprendre. C’est partir de deux présupposés qui tuent toutes les initiatives du BEA depuis des années : (1) les étudiants sont trop stupides pour comprendre sept revendications plutôt que deux et (2) ils doivent être mobilisés de l’extérieur et par le haut.

Non, je ne déforme pas les propos qui ont été tenus. Ce sont ceux qui les prononcent qui n’ont pas conscience de la condescendance incroyable de leurs positions. Prenez la gratuité des études supérieures : au moins cinq intervenants, ont dit : « moi je suis pour la gratuité mais… » les étudiants (sous-entendu lambda) ne comprendraient pas. Pourquoi ? Ils disaient que la gratuité n’est pas assez concrète… qui a-t-il de plus concret que la suppression du minerval ? La vérité c’est que ceux qui énoncent cet argument cherchez à tracer un cercle dans lequel ils pourraient réunir un maximum d’étudiant ayant la même opinion à un instant T – or, un mouvement est quelque chose de mouvant, d’évolutif. Si on réunit des étudiants « passifs », dont on veut seulement obtenir l’accord sur un socle minimal d’une ou deux revendications, le mouvement s’éteindra de lui-même. C’est par des débats, par la co-construction de nos valeurs, que nous pourrons avancer et bâtir un réel mouvement. Dans ce schéma, les étudiants ne sont pas des terrains de conquête, des gens à gagner à notre cause, se sont des êtres réflexifs avec lesquels il faut entrer en conversation, notamment en leur proposant des idées qui ne sont pas les leurs pour provoquer des débats et des échanges.

J’en veux aussi à quelques personnes qui ont repris l’exemple du Québec en expliquant que le mouvement étudiant de 2012 s’était fédéré grâce à une revendication unique (la lutte contre la hausse des frais d’inscription). En affirmant cela, ils écartent tout le processus qui a amené le mouvement à s’élargir. L’ASSÉ, syndicat autogestionnaire, défendait la gratuité avant 2012 et il a constitué, pendant des mois, l’aile gauche et l’un des moteurs principaux du Printemps Érable. Il n’a pas arrêté de prôner la gratuité par peur d’effrayer les syndicats modérés ou au nom d’une ligne de communication rigide. La vérité, que ces personnes éludent complètement, c’est que le Printemps Érable a fonctionné parce qu’il a allié trois groupes relativement contingents : les étudiants les plus modérés, touchés par les coupes et fournissant le gros des manifestations de masse ; les étudiants radicaux, en particulier de l’ASSÉ, qui ont organisé les grèves et la contestation sur le long terme ; et les militants d’extrême-gauche qui ont parfois mené des actions symboliques plus « violentes » (sur du mobilier urbain en particulier). L’équilibre étonnant et détonnant de ces trois groupes a su forger un mouvement incroyablement fort – la difficulté pour le mouvement actuel est justement qu’il n’arrive plus à unifier de la même manière les modérés et les radicaux. Je trouve aussi surprenante cette fixation sur le mouvement québécois alors que le BEA refuse obstinément d’utiliser les mêmes méthodes de mobilisation démocratique : partir du bas, des auditoires, des départements et des facultés, pour forger le mouvement. Le Printemps Érable n’a pas été dirigé et sa figure la plus médiatique, Nadeau-Dubois, était un co-porte-parole, pas du mouvement, mais de la CLASSE (qui regroupait l’ASSÉ et d’autres organisions), un seul des trois syndicats appelant à la grève et aux manifestations. Au Québec c’est l’autogestion qui l’a emporté, par la direction hiérarchique des mobilisations.

Je regrette que ceux qui disent vouloir favoriser la création d’un mouvement étudiant en Belgique, continuent de penser avec des schémas mentaux qui sabordent systématiquement l’initiative démocratique. Depuis des années, les campagnes contre le financement sont des échecs piteux, rassemblant entre cinquante et mille étudiants. Nous sommes loin des trente et quelques milliers d’étudiants dans les années 1990… Rien qu’à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), qui compte 25 000 étudiants, il n’y en a pas plus de quelques centaines à s’engager. Pourquoi ? Il y a bien sûr un changement de société qui est à l’œuvre mais si cette réponse nous suffisait, comme elle suffit à nos autorités et à tous les hypocrites du désengagement, à quoi bon faire des AG et militer ? Rangeons nos pancartes et nos slogans, rejoignons le camp des administrateurs apolitiques et forgeons-nous de belles petites carrières façonnées par le frottage de manche et l’obéissance absolue… Il est de nombreuses personnes, comme moi, pour refuser ce pessimisme. Mais alors, pourquoi ? Pourquoi la FEF, le BEA et tous les groupes de gauche, le nôtre y compris, sont-ils incapables de conscientiser les étudiants ?

Bureaucratie contre démocratie

La réponse, la seule que j’ai trouvée jusqu’à présent, c’est que nous devons arrêter d’infantiliser en permanence les étudiants. C’est ça le but de la communication, mâcher le travail aux gens parce qu’on les croit trop paresseux ou trop stupides pour le faire eux-mêmes. Je lisais sur Facebook qu’un tenant de la ligne de l’efficacité, par ailleurs une personne que j’apprécie, ne voyait rien de mal à faire de la com’ : parce que parler avec des mots que les étudiants ne comprennent pas (notamment le vocable d’extrême gauche, et cela je le lui concède bien volontiers) ne servait à rien… Nous sommes bien d’accord là-dessus. Mais depuis quand l’idée de parler de manière compréhensible a-t-elle fusionné avec celle de communication ? On ne peut pas prétendre qu’elle est neutre, pas, alors que des sociologues, des psychologues et des philosophes ont depuis longtemps démontré que la « com’ » n’était pas un échange humain mais un échange marchand, que quand on communique, on vend une marchandise, on l’embellit, on considère son interlocuteur comme un client, pas comme un égal.

Voilà précisément notre défi : considérer les étudiants comme des égaux. J’entendais, pendant l’AG, l’argument suivant : « pour élargir le mouvement, il faut des propositions réduites en nombre ». Pourquoi ? Qui croit encore que le consensuel est fédérateur ? Ce n’est en tout cas pas le souvenir que QRPE ou un Tout Autre Enseignement (TAE) m’ont laissé… Comment peut-on parler de rassemblement et d’élargissement alors que plusieurs personnes sont parties après le deuxième vote, apparemment dégoûtés par la modération et le non-respect des votes de la précédente Assemblée ? Quand, parmi ceux-là se trouvait l’unique ou l’une des seules chercheuses présentes, abasourdie par la tournure des événements ? Comment parler d’unité quand l’Assemblée s’est aliénée pour des broutilles tout un pan des étudiants non-affiliés, une partie de l’USE et, en fait, toute son aile gauche ? Encore : pourquoi cette obsession de convertir « les cercles » à notre cause alors que tout ce qu’on obtient d’eux c’est un logo, non pas leur aide, non pas leur soutien, mais juste le tampon stylisé de leur communication ?

Je crois, et la réaction de beaucoup d’étudiants me renforcent dans cette conviction, que l’efficacité de la démocratie c’est justement de refuser l’efficacité comme valeur centrale de l’action. Ce qui compte, c’est que les gens participent, qu’ils se sentent faire partie d’un tout, d’un mouvement. De toute façon notre mouvement finira par s’écraser sur un obstacle ou l’autre ; mais si tous les participants intègrent le principe démocratique, nous auront remporté une immense victoire. Ce principe de la démocratie étudiante est que chaque personne puisse penser par elle-même, pas qu’on tente de penser pour elle – en expliquant, par exemple, que les « étudiants n’accepteraient pas la gratuité » ou que « sept revendications, c’est beaucoup trop ». J’aimerais qu’au lieu de faire parler les absents, on s’interroge vraiment sur les raisons de leur absence. J’aimerais qu’on arrête de concevoir les étudiants comme des moutons qui ont besoin d’un berger – le BEA en l’occurrence.

Je ne crois pas que les étudiants soient corporatistes ou tout simplement désintéressés par le cours du monde… Pour s’engager, ils ont besoin d’être considérés avec respect et pas avec le même paternalisme que celui que les autorités déversent, année après année, sur nos têtes. Au final, deux logiques se confrontaient dans les ruines de l’AG de ce lundi : celle de la bureaucratie et celle de la démocratie. Je suis sûr que certains riront en lisant ces lignes – « Hahaha, bureaucratie, encore un mot valise de l’extrême gauche qui veut tout et rien dire, encore une insulte facile. » – mais je crois qu’ils auraient tort de prendre cette remarque pour une simple bravade : c’est le constat du gouffre qui nous sépare aujourd’hui.

Pour conclure, je voudrais adresser un message à plus spécifique à certains de mes camarades de Comac qui étaient présents à l’AG : nous savons tous depuis quelque temps déjà que nos visions de l’engagement diffèrent. Vous pensez que les étudiants doivent être organisés, guidés, dirigés, informés. Nous pensons qu’ils doivent apprendre à s’organiser, se guider, se diriger, s’informer. Vous pensez que la démocratie est un ensemble de procédures. Nous pensons que la démocratie est une culture et que c’est en l’apprenant collectivement, à travers des votes et une participation de tout un chacun, qu’on pourra démontrer sa valeur. Vous pensez que le BEA doit encadrer le mouvement parce qu’il possède une légitimité, celle d’un organe élu et dont le rôle systémique est de représenter les étudiants. Nous pensons que le BEA ne représente que lui-même, que son aile gauche s’échine à monter des projets et des campagnes depuis un an et demi, à s’en détruire la santé, alors que l’aile droite et l’aile mole sont déjà gagnées par l’apolitisme absolu et la logique de l’université-entreprise. Vous pensez qu’il est normal que Comac fournisse toute la main d’œuvre au BEA pour ses campagnes et que nous devrions soutenir celles-ci peu importe leurs messages pour ne pas diviser le mouvement étudiant. Nous pensons que le BEA, comme la FEF, sont des organisations qui tiennent sur du vide et que si les militants de gauche s’unissaient pour travailler à l’extérieur des instances, tous ensembles, autour d’un objectif de repolitisation commun, notre combat aurait une chance d’être remporté avant la fin de nos études.

Comme je disais plus haut, peu importe si vos positions sont majoritaires dans un mouvement vraiment démocratique, dans un mouvement où tous ces débats auront pu être menés jusqu’au bout. Mais je refuse de participer à la parodie de démocratie à laquelle j’ai assisté ce lundi sans réagir, je refuse de me taire par peur de la division. Cette parodie n’était pas la faute de Comac mais une fois l’AG passée vous avez fait comme si de rien n’était, comme si l’Assemblée n’avait pas comporté ces graves défauts démocratiques. Je pense qu’on ne peut pas transiger avec ce socle minimum de valeurs : soit un mouvement est démocratiquement organisé par la base, et nous le soutenons, soit il est dirigé par le haut, notamment par le BEA, et nous jugeons qu’il n’a ni la légitimité, ni la bonne méthode pour construire un rapport de force avec les autorités ministérielles et universitaires.

Le conflit est le moteur de la démocratie. Garder le silence par peur du conflit, au contraire, c’est laisser pourrir des dissensions et les laisser se transformer en colère puis en haine. Je préfère vous le dire : dans ces conditions, le mouvement qui s’esquissait a toutes les chances de mourir et ce jusqu’en septembre ; peu importe si, comme d’habitude, le BEA lui fait du bouche-à-bouche pendant des mois pour tenter de le réanimer. Je vais vous faire une prophétie : toutes les tentatives de la FEF ou des autres bureaux de « mobiliser les étudiants » échoueront, aussi lamentablement que les précédentes. Même si le minerval augmente de 100 ou 150 euros, ils seront incapables de fédérer les étudiants autour d’un « autre enseignement » parce qu’ils refusent obstinément de défendre un contenu positif et de confronter une vision politique de l’enseignement à celle des autres membres de la communauté étudiante.


  1. (Je paraphrase et je donne dans le désordre :) (1) contre les coupes dans l’enseignement (obligatoire et supérieur) et pour un refinancement de l’enseignement à hauteur de ses besoins, (2) contre la hausse du minerval, (3) contre l’austérité, (4) pour un refinancement public des services publics, (5) pour une plus grande justice fiscale, (6) pour la gratuité dans l’enseignement et (7) pour la solidarité avec les écoliers, le personnel et les étudiants flamands. ↩︎ ↩︎