L'ULB invite cette semaine (sous protection, il faudra montrer sa carte d'identité pour entrer dans la salle) deux membres de Charlie Hebdo pour parler liberté d'expression... ou pour dire "qu'on ne peut plus rien dire" ? Nous, militant·e·s étudiant·e·s, syndicalistes, féministes, dénonçons cette invitation qui permettra une fois de plus à la parole réactionnaire de se faire entendre sur notre campus.

Dans un récent éditorial, Riss, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, écrivait : « Hier, on disait merde à Dieu, à l’armée, à l’Église, à l’État. Aujourd’hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blogueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d’école ». Dans une interview récente, le rédacteur en chef G. Biard dénonce également une « censure moderne » par des individus : « il y a surtout une tendance antidémocratique qui n’est pas le fait d’institutions, mais d’individus. (...) Ces groupuscules refusant le débat, le discours est piégé dès le départ. Et c’est au nom d’idéaux que l’on ne peut que défendre – l’antiracisme, le féminisme, les droits individuels –, qu’ils exigent que l’on abandonne tout universalisme. »

En effet depuis quelques années une certaine parole se libère. Une parole qu’on n’entendait que très peu auparavant, écrasée par le système médiatique et intellectuel encore dominant aujourd’hui : celle des militant·e·s queer, féministes, antiracistes, des personnes membres de différentes minorités politiques, qui peuvent enfin s’exprimer dans certains médias. Cette parole n’est donc pas « antidémocratique » comme la décrivent les membres de Charlie Hebdo. Elle est plutôt le symbole de personnes qui subissent de nombreuses discriminations et inégalités, et qui ont enfin accès à quelques petits bouts de liberté d’expression dans le monde médiatique, notamment sur les réseaux sociaux. Oui, nous militons pour être respecté·e·s, pour ne plus subir les dominations bourgeoise, blanche et cis-hétéro-patriarcale. Ce n’est dès lors pas surprenant que ce discours dérange certains qui ont l’habitude de voir leur parole incontestée.

Le discours des membres de Charlie Hebdo est donc fort problématique. Il semble peu sincère de se plaindre de censure alors qu’on participe et qu’on bénéficie d’un système médiatique bien établi. Iels sont d’ailleurs toujours invité·e·s à s’exprimer sur les plateaux télés, dans d’autres publications, à l’université…, et le plus souvent sans contradiction sérieuse. Il est paradoxal que celleux qui prétendent se battre pour la liberté d’expression empêchent à d’autres, membres de minorités politiques, de l’exercer.

En plus, ce discours détourne le débat de la censure institutionnelle toujours présente dans la presse actuellement, que ce soit par la concentration des médias aux mains de quelques grands propriétaires, par la répression des journalistes indépendant·e·s en manifestation en France, ou par la censure exercée par les réseaux sociaux sur certains médias indépendants.

Au nom de « l'universalisme », il faudrait pouvoir tout dire sans se prendre de réactions des personnes ouvertement visées ? Se défendre, dénoncer des propos qui nous oppriment, c'est vraiment atteindre à la liberté d'expression ? Charlie Hebdo se place donc en opposition à celleux qui défendent une politique intersectionnelle et remettent en question les privilèges blancs, homme, cis, hétéro, bourgeois, etc. Ainsi, Charlie Hebdo a rejoint depuis longtemps les rangs des réactionnaires de tout poil dans leur dénonciation des « nouveaux censeurs ». Ce sont les mêmes qui défendent une "laïcité" à la française, islamophobe, méprisante du droit de chacun·e à disposer de son corps. Charlie Hebdo participe ainsi à la censure des minorités en les empêchant d’élever leurs voix. Alors si c'est ça "être Charlie", en 2020, nous ne le sommes clairement pas !

L'ULB se rend honteusement complice de ces réactionnaires de Charlie Hebdo en les invitant à cette « rencontre ». Pas de réacs sur nos campus !

L’Union Syndicale Etudiante et le Cercle Féministe de l’ULB