Lettre ouverte à la communauté universitaire de l'ULB

Union syndicale étudiante
29 May 2013 ULB, Réforme du Conseil d’Administration

Réforme de la « gouvernance » à l'ULB : Allons-nous vers l'université entrepreneuriale sans débats ?

Bien que cela passe – bizarrement - assez inaperçu pour la majorité des gens liés à l’université, l’ULB est aujourd’hui confrontée à l’un des projets de réforme de sa structure et de sa “gouvernance” les plus importants de son histoire, peut-être le plus important depuis les réformes de 1969 faisant suite au mouvement de Mai 68.

Différents acteurs de l’université, de différents bords et horizons, loin d’être (ou d’avoir été)toujours tous d’accord, prennent la plume ensemble aujourd’hui pour exprimer une inquiétude commune concernant la direction que prend notre université. Cette inquiétude s’exprime sur deux grands axes, d'une part sur le fond, d'autre part sur la forme.

Une seule proposition ?

Nous nous inquiétons tout d'abord que cette réforme aux accents “managériaux” semble être la seule proposition. L'université entend prendre en main une série de problèmes et de dysfonctionnements réels. Cependant, nous craignons que ce diagnostique se limite à un problème « d'efficacité ». Au nom de l'efficacité, un modèle entrepreneurial va limiter de facto le nombre de débats démocratiques possibles dans l’institution.

L'université de demain serait ainsi gouvernée par un trio composé d'un Recteur « top manager » en matière académique, d'un Président (potentiellement extérieur à l'institution) et d'un « tout nouveau » Directeur général de l'administration.

Le nouveau conseil d'administration sera dépossédé de ses prérogatives académiques, au profit d'un « conseil académique » où les doyens et professeurs seront largement majoritaires, limitant ainsi le poids des autres « corps » : étudiants, travailleurs, chercheurs. Les grandes lignes directrices des activités de l'université seront, quant à elles, les prérogatives d'un conseil stratégique composé notamment d'acteurs extérieurs à l'institution.

La seule solution poussée par les autorités actuelles semble donc être une centralisation des pouvoirs entre leurs mains. Il s'agit d’un recul en termes de participation, contraire à l’esprit de Mai 68 qui visait le débat le plus large possible entre les différents acteurs de l’université. Cette centralisation se traduira concrètement par un recul significatif du nombre d’élus représentants les étudiants, le personnel ou le corps scientifiques (les « corps minoritaires »). Le cas de la représentation étudiante illustre bien cette régression avec un passage de 27 membres au conseil d’administration dans le modèle actuel à 4 (sic !) dans la réforme « gouvernance ».

Ouvrir le débat

Le débat – a fortiori dans une université – doit pourtant être préservé et systématiquement encouragé. Il ne doit jamais céder sa place au dogme, trop souvent rabâché dans notre société, de “l’efficacité à tout prix”. Un tel modèle d’université risquerait d’ailleurs de devenir incompatible avec une mission d’enseignement public et démocratique.

C'est pourquoi nous redoublons d'inquiétudes sur cette réforme, d'une importance capitale, menée au pas de charge et sans réelle implication de tous les acteurs de l’université.

Si des “groupes de travail” ont bien planché sur la question depuis plusieurs mois, ce n’est que très récemment que le contenu intégral de cette importante réforme a été divulgué à la grande majorité des acteurs de l’université (et ce, y compris pour une partie des délégués eux-mêmes).

De plus, si des séances d’informations et de consultations ont bien été prévues, il y a peu de doutes sur l’impact réel qu’elles peuvent avoir : le fond de la réforme est entendu (“ déjà validé il y a plusieurs mois en conseil d’administration lors de la formulation des « diagnostics » ”), le calendrier est fixé (réforme votée le 17 juin, statuts adaptés en septembre) et les débats semblent être assez fortement cadenassés.

Sans compter que la période allant de mai à septembre, entre les examens et les vacances, n’est absolument pas propice pour intégrer les étudiants, les chercheurs, le personnel et les professeurs dans le débat . Nous pensons qu'une réforme d’une telle importance, et certainement lorsque l’un des deux objectifs prioritaires vise, selon les termes mêmes de la réforme, à “dynamiser la participation et le fonctionnement démocratique”, nécessite une consultation ainsi qu’une information la plus large et la plus complète des différents acteurs de l’université.

C’est pourquoi, fidèles à l’idéal démocratique de l’ULB, nous appelons aujourd’hui à reporter le vote de la reforme lors du conseil d’administration du 17 juin 2013 afin que l’ensemble de la communauté universitaire puisse être réellement consulté. Ne bâillonnons pas le débat et le libre examen, valeurs chères à notre Alma Mater.

L’université a tout à gagner à prendre le temps du débat et de la discussion. Le vote de la réforme attendra ! Il est encore largement temps...

Premières organisations ULB signataires de la lettre ouverte :

  • CGSP PATGS
  • COMAC
  • Jeunes FGTB/Union syndicale étudiante
  • Priorité étudiante

Nous invitons l'ensemble des acteurs de la communauté universitaire, étudiants, chercheurs, personnel et professeurs ; cercles, bureaux et syndicats, à la signer pour demander à nos autorités d'approfondir, élargir et prolonger le débat.

Nous vous invitons aussi à nous rencontrer pour discuter de cette réforme le lundi 10 juin à 12h (le local sera transmis ultérieurement). Pour les infos supplémentaires et signatures, contactez les rédacteurs.