Sur la « crise migratoire » et la solidarité inédite qui en émerge

09 September 2015 Billet d’humeur

Je soutiens la cause et les mouvements des migrants (appelés aussi « sans-papiers ») depuis maintenant 5 ans, et je suis assez impressionné mais aussi tout à fait perplexe de voir tout cet élan de solidarité qu'on retrouve aujourd'hui, que ce soit à travers les médias ou dans la société en générale. On a l'impression que plus d'une personne a retrouvé une conscience solidaire et de l'humanité par rapport à la situation des migrants, qui à mes yeux n'est pas plus différente aujourd'hui qu'elle ne l'était hier... À savoir d'être considéré par nos gouvernements comme des être humains de seconde zone, des « illégaux », des clandestins, des sans droits... Bref, le profil du bouc-émissaire favori en temps de crise, et qui sert à entretenir les discours populistes et racistes les plus nauséabonds de certains politiciens et partis politiques (et pas seulement ceux d'extrême-droite).

Par contre, s'il y a bien une grande différence à l'heure actuelle, c'est de voir dix fois plus de gens se mobiliser pour aider les migrants et les soutenir, ce qui met réellement du baume au coeur, après avoir si souvent vu de l'indifférence ou entendu des propos discriminants envers eux. C'est vrai qu'on avait plutôt l'habitude jusqu'à présent de se retrouver à quelques dizaines ou centaines, que ce soit dans les collectifs de soutien à telle ou telle cause (pour les afghans, les grèves de la faim, les marches etc.), ou aux rassemblements réguliers (comme devant les centres fermés).

Pourquoi perplexe ? Parce que j'espère seulement que cet élan ne s'en ira pas aussi vite qu'il est apparu. Et que cette effervescence de solidarité ne durera pas que deux semaines (au rythme des médias), mais qu'elle puisse servir à ce qu’on se rende compte à quoi ressemble notre société aujourd'hui... Celle de l'Europe Forteresse, qui a permis à ce que la Méditerranée devienne l'un des plus grands cimetières de l'histoire. Celle des politiques migratoires inhumaines, qui enferment des innocents dans des « centres fermés », qui sont en réalité des prisons pas plus différentes que les officielles, seulement qu'on y est envoyé pour le crime d'être « illégal » et « sans-papiers »... avant d'être expulsé. Celle qui n'arrive pas à assumer sa propre histoire, et les conséquences qui en découlent, à savoir : la colonisation, le pillage des ressources des pays du Tiers-Monde, le soutien à des régimes dictatoriaux kleptocrates, le déséquilibre de régions entières par l'action des guerres et du trafic d'armes... Et quand le résultat de ce processus historique vient devant notre porte, nos dirigeants préfèrent semer la division, construire des murs, et instaurer un classement des populations à travers une inégalité de droits (au travail, à l'école etc.), simplement en fonction de son origine.

On entend souvent dire (depuis les années 80) « qu'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». On croit ne jamais pouvoir contester cette phrase, même si on aime se donner bonne conscience avec des « mais faut en aider un minimum, faire preuve d'humanité ». Je pense que l’heure est venue de retourner définitivement ce postulat, et d'affirmer plutôt « qu'on ne peut plus continuer de bâtir sa prospérité sur la misère des autres ». Dans ce sens, il est de notre devoir d'aider tous les migrants qui arrivent en Europe, réfugiés ou non, car toute guerre est issue d'une situation socio-économique défavorable qui vire au drame. Il n'y a donc pas de différence à faire entre « réfugiés » et « simples migrants économiques ». Les migrants sont le miroir du désastre que nos aînés ont créé, et en cela, OUI nous devons accueillir toutes ces personnes, et leur permettre d'avoir un avenir, une vie digne, et les mêmes droits que nous.
L'histoire et l'évolution de l'humanité ont toujours été marquées par les mouvements migratoires et le contact entre les cultures. Le repli sur soi, sur base de son origine, de son ethnie, ou de l'avantage économique de sa cité, n’a jamais fait en sorte que notre société soit apaisée et égalitaire. L'Europe ne peut plus continuer à croire qu'elle pourra se préserver avec une population vieillissante, sa jeunesse au chômage, et profiter d'individus de seconde zone qui représentent une main-d'oeuvre mieux exploitable, ne pouvant pas profiter des même droits.

Je voulais donc encourager à ce que chacun rejoigne ce mouvement de solidarité commune, sans se laisser aveugler du fait que si certains gouvernements (comme en Allemagne) agissent sur la question des migrants de manière totalement inédite, ça n’est pas par bonne volonté, mais bien parce qu’ils y sont contraints par l’opinion publique qui se fait entendre, et qui s’organise par elle-même pour venir en aide aux migrants (d’où qu’ils viennent). Que ceux qui avaient pour habitude d’essayer de nous diviser avec leurs discours haineux, et ne sachant plus quoi dire si ce n’est d’aller davantage plus loin dans leurs propos ou dans leurs actes (comme avec Cameron qui raconte qu’il empêchera tout flux de « criminels » entrer en Angleterre, ou que des nazis incendient des foyers pour migrants en Allemagne), soient mis en échec face à la nécessité d’un mouvement antifasciste, antiraciste et solidaire. Que nous en profitions plus que jamais pour exprimer à cette Europe-là qu’elle n’a plus d’avenir, que nous rejetons son bilan, et que nous avons la volonté de changer en profondeur notre société, sans frontières et vers une solidarité générale illimitée envers les migrants et les plus démunis.

Personne n'est illégal !

Égalité des droits pour tou.te.s !

  1. Par Orville, étudiant à l’ULB.

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